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Histoires
de Glaçures
« De lAge du Fer à la Goutte dHuile » |
A la recherche de leutectique
Un certain équilibre Silice Alumine
Parler des émaux ou bien des glaçures, si on se réfère à la vitrification et au verre, cest une bonne façon de mieux explorer la surface des pots, de la céramique. Cet exercice demande une longue expérience et une envie constante de chercher au risque souvent de se perdre en chemin.
Comme largile, les glaçures sont le résultat dun équilibre entre la silice et lalumine à une température et dans une atmosphère de cuisson données. Pour le grès et la porcelaine, nous travaillons sur léquilibre suivant avec des cuissons à 1300° le plus souvent réductrices, cest-à-dire en présence de gaz carbonique.
La Formule
Oxydes Basiques = 1 CaO, K2O, MgO, Na2O |
Oxydes Amphotères = 0.5 Alumine : Al2O3 |
Oxydes Acides = 5 Silice : SiO2 |
Ceci est donc la présentation habituelle dune formule de glaçures. Mais le plus souvent les informations et les idées nous viennent par les recettes et nous utilisons alors un logiciel de calcul pour adapter rapidement ces recettes et faire des essais.
La Recette
| Glaçure de cône8 : 1250° | Argile |
Chaux |
Quartz |
Feldspath |
| LEACH Le livre du Potier |
10% | 20% | 30% | 40% |
| Différents Matériaux : (on peut bien évidemment utiliser les produits standards du commerce) |
-Terre de la Ville Besnard -Terre de la Poterie -Terre du Fuilet |
-Cendres de vigne -Cendres de foyer (Chêne, Sapin) -Cendres de Lavande -Cendres de Foin -Coquilles dhuître calcinées |
-Grès Rose de Fréhel | -Sodique -Potassique -Néphéline syénite comme la Foiaïte |
| Apports | SiO2 : 40% Al2O3: 30% |
CaO : 0,4 MgO : 0,2 K2O :0,2 Na2O :0,2 |
SiO2 : 100% | SiO2 : 60% Al2O3 : 30% Na2O K2O |
La reconstitution dun filon
Largile est un des éléments les plus répandus et les plus accessibles à la surface de la planète. Il doit y avoir autant de sorte dargile que de cailloux. Dans un massif ancien comme la Bretagne, largile est omniprésente : les maisons en terre en sont le témoignage le plus parlant. La ferme de la Ville Besnard est située dans le sud de la commune dHénanbihen : limplantation dune nouvelle étable était projetée dans un champ humide à la terre collante : il ne fut pas surprenant de trouver une grande quantité dargile en creusant la fosse de cette étable. Prévenus de cette découverte, nous avons pu stocker deux camions dans un talus et reconstituer ainsi une sorte de filon avec cette argile dont les couleurs varient du gris au beige : après quelques expériences de haute température, elle nous a fait penser aux argiles proches de La Poterie et même au kaolin de Quessoy ; nous lavons donc retenue pour composer notre émail bleu des cuissons au feu de bois. La consistance dune barbotine De temps en temps, nous prélevons une bassine de cette argile. Nous la diluons très largement avec de leau : un premier tamisage grossier suffit pour retirer les racines et les cailloux. Le tamisage suivant est demblée très fin et nous permet daccéder directement à la consistance de la barbotine voulue après la décantation. Nous conservons largile sous cette forme, car nous avons calculé que dans un litre pesant 1425 grammes il y avait 795 grammes de poudreUne formule approchée
Par son aspect et son origine, nous pouvons assimiler sa formule à celle du kaolin, si on fait limpasse sur les impuretés qui en font loriginalité et la richesse.
Na2O :0,1 K2O : 2,3 MgO : 0,3 CaO : 0,07 |
Al2O3 : 37 Fe2O3 : 0,77 |
SiO2 : 48 TiO2 : 0,03 |
Il est possible dadapter toutes les argiles :
Retour au sommaireIl faut bien sûr à chaque fois respecter la provenance si lon veut conserver les mêmes effets dans une glaçure.
La cendre de la côte de Léchet
La récolte des cendres végétales Cest en broutant la vigne que lâne de Saint Vincent fit découvrir les bienfaits de la taille. En février, dans les coteaux du Chablisien, les ânes ont de drôles darmures et fument comme des dragons. Cest le bon moment Au fur et à mesure de la taille, le vigneron brûle les sarments dans une sorte de gamelle montée comme une brouette. Avec Michel Barat, nous avons grimpé la côte de Léchet et récolté une bonne quantité de cendres. Bien sûr, il y aura un peu de fer avec les attaches des sarments et les parois du bidon. Mais ce qui importe pour nous cest la constance et lidentification de la récolte : lieu, époque, méthode.
La préparation de la cendre
La première étape consiste à mélanger la cendre avec beaucoup deau, le tamisage est ainsi moins poussiéreux, et la poussière nous intéresse
Le gros du nettoyage se fait par écumage : lécumage de surface pour le bois et le charbon de bois qui flottent, puis lécumage de fond pour les cailloux, la terre et surtout les attaches métalliques.
Un premier tamisage grossier à leau permet de finir les déchets du fond : cet apport deau permet également de « laver la cendre » cest à dire de diluer les éléments solubles comme la potasse et de les éliminer.
Cette importante dilution facilite la décantation de surface qui évacue les fines particules de bois et, fait exceptionnel, leau ayant gelé, les impuretés étaient prisonnières de la glace.
Il ne reste plus quà procéder au tamisage fin très liquide, la densité de ce liquide sera ramenée à 1 kilo 400 pour 1 litre, car on a démontré par dessiccation quil restait 450 grammes de cendre.
Lutilisation de la cendre
Les cendres de bois interviennent dans les glaçures comme des agents de texture et se substituent en partie à la chaux. Elles agissent au moment du bouillonnement comme des fixateurs privilégiés et spécifiques des oxydes métalliques qui colorent les glaçures.
Composition dune cendre :
CaO : 40 K2O : 15 Na2O : 0,1 MgO : 1 |
Al2O3 : 2,5 Fe2o3 : 1 |
SiO2 : 17 |
La cendre sutilise soit en deuxième couche sur une glaçure pour créer des effets, soit en élément de composition pour une glaçure donnée : il faut souligner sa combinaison avec les cendres de combustion lors dune cuisson au bois en pleine flamme à 1300 degrés.
Le syndicat des caps de Fréhel et dErquy nous a proposé en lan 2000 de participer à une étude-exposition sur le Grès Rose.
Un problème de langage
Argile Grésante
Les potiers ont de tout temps utilisé des argiles plastiques résistantes à haute température sous le nom de grès.
Elisabeth Lambercy en parle ainsi : leur cuisson, en se prolongeant jusquà lobstruction des pores, jusquà vitrification ou étanchéité, produit un matériau qui mérite de porter le nom dune roche dure et compacte : le grès. Le nom anglais « stoneware » (produit de pierre) le dit encore plus clairement.
Et sur le grès :
Les grès métamorphosés ou Quartzites :
Chaleur et pression auxquelles ces roches peuvent être soumises en profondeur provoquent leur recristallisation en les rendant plus denses et plus dures. Des orogenèses font remonter à la surface ces roches grise, rose ou pourpre
Autres minéraux accompagnant : Oxyde de Fer, un peu de Carbonate de Calcium et de matière argileuse
Les boues de la carrière du Routin à Fréhel
Dans cette carrière, le grès est concassé jusquau sable très fin. Nous avons pu prélever le déchet de lavage de ce sable : poussières très fines de grès mélangées à du défloculant. Nous avons pratiqué quelques tests et les premiers essais :
Test de retrait
| Grès rose Barbotine puis consistance cuir |
10 cm | |
| Sec | 9,7 cm | 3% |
| Dégourdi à 1000° | Idem | |
| Vitrifié à 1300° | 8,4 cm | 13%Total 16% |
Test de densité
| Grès rose Consistance barbotine (1,4) |
400 grammes |
| Sec | 200 grammes |
| Vitrifié à 1300° | 190 grammes |
Les essais dinclusion de ce grès dans une glaçure ont montré quil remplaçait bien la silice pure. Pour lanecdote, grâce au défloculant, nous avons pu reconstituer et vitrifier un pavé de grès.
La serra de Monchique
Lors de nos visites à nos amis potiers à Monchique au sud du Portugal, nous avions remarqué une carrière de pierre ; cette pierre était un feldspath particulier : la néphéline syénite. Accompagnés de Lionel Telo, nous avons prélevé une bonne quantité de sables et poussières issus du travail de la pierre : dallage, plateaux...
Lors de notre rencontre avec le directeur de la carrière, on nous a communiqué la composition de ce feldspath appelé par les géologues la Foiaïte du nom de ce pic de la montagne de Monchique : le Mont Foia.
Analyse Minéralogique de la Foiaïte
Roche de profondeur
Syénite néphélinique alcaline :
Microcline perthitique (orthose : feldspath potassique) : 50,6%
Néphéline : 29,8%
Pyroxène : 4,6%
Biotite : 1,9%
Albite (feldspath sodique) : 1,9%
Magnétite (fer)
Limonite (fer)
Titanite (titane)
Apatite (calcium)
Analyse Chimique de la Foiaïte
K2O : 5,61 Na2O : 7,03 |
Al2O3 : 32,56 Fe2O3 : 2,21 |
SiO2 :46.12 |
Les premiers essais à 1300° ont donné une glaçure fondue et naturellement brune, due sans doute à lOxyde de Fer.
Le tamisage à sec est assez difficile et demanderait un broyage supplémentaire.
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Oxydes Métalliques : LAge du Fer
Dans les glaçures, les oxydes métalliques jouent le rôle de colorants, cependant il faut plus parler deffet que de couleur, car cela dépend de nombreux facteurs.
Dans lémaillage il y a quatre grands chapitres de problèmes :
- la formule
- la recette : provenance et qualité des matières premières
- la pose de lémail : Epaisseur, couches successives
- la cuisson : une température souvent précise et surtout une atmosphère de cuisson :
Oxydation (oxygène), Réduction ou enfumage(perte doxygène par CO2)
Les métaux sont utilisés sous forme doxydes ou de carbonates : il faut souvent doubler les doses de poudre pour les carbonates.
Le Cobalt donne le bleu, quelle que soit latmosphère.
Le Chrome donne le rose en oxydation et le vert en réduction.
Le Cuivre donne le vert en oxydation et le rouge en réduction.
Mais les effets sont toujours liés de près avec les autres éléments au moment de la vitrification (1300°), de lébullition. On dit souvent que les oxydes métalliques salissent lémail et particulièrement le Fer que nous privilégions cette année.
De la rouille pour une goutte dhuile
Pour valoriser le Fer dans les glaçures, nous pratiquons les recettes de lExtrême-Orient, ces trois pays de la Mer Jaune : la Chine, la Corée et le Japon.
Les deux premières glaçures ont le même pourcentage de Fer (1%) et la même cuisson :
Le Shino : glaçure orangée (effet Gibbs), riche en alumine, cuisson légèrement réductrice et très élevée en température : peu fusible, il y a beaucoup de problèmes à la pose.
Le Céladon : glaçure tressaillée riche en silice, cuisson très réductrice.
Le Tenmoku : glaçure brune à noire, très riche en oxyde de fer (15%). Nous lutilisons dans la partie la plus chaude du four à bois (1340°), les cendres de cuisson se combinent et forment des nucléations mordorées à jaunes.
Cest donc ce tenmoku que nous recouvrons de blanc magnésien ou stannifère afin de provoquer les effets dits « goutte dhuile ».Nous cuisons au four à gaz dans une atmosphère oxydante avec une réduction en fin de cuisson pour écraser les bulles de gaz créées par la ferrite de calcium.
Il est très curieux de constater que les recettes de glaçures de haute température ont évolué avec les années et notamment la variété des feldspaths utilisés :
Les années 60/70 avec Bernard Leach, Lucie Rie, Daniel Rhodes : le feldspath sodique
Les années 80/90 avec De Montmollin : le feldspath potassique puis la néphéline syénite.
Cette évolution dépend évidemment du choix des fournisseurs de matières premières, celui-ci est beaucoup plus large aujourdhui.
Quelques recettes
Blanc daprès Leach |
Blanc daprès Lucie Rie |
Blanc magnésien Daprès De Montmollin |
Cendres de foyer 15 Feldspath sodique 28 Talc (magnésium) 15 Silice 24 Kaolin de Quessoy 18 |
Dolomie 26 Feldspath sodique 64 Kaolin de Quessoy 11 Oxyde détain 8 |
Néphéline syénite 48 Talc 20 Silice 20 Kaolin de Quessoy 12 |
Bleu Ville Besnard Daprès Leach |
Noir Daprès ArzLao |
Rose (Oxy) Daprès ArzLao |
Cendres de foyer 15 Feldspath sodique 30 Talc 15 Silice 15 Terre VB 25 Oxyde de cobalt 0,8 |
Chaux 18 Feldspath potassique 49 Silice 33 Oxyde de cobalt 2 Oxyde de fer 8 Oxyde de chrome 2 |
Chaux 20 Feldspath potassique 60 Talc 4 Silice 12 Oxyde détain 5 Oxyde de Chrome 0,5 |
Shino Daprès De Montmollin |
Céladon Daprès Rhodes |
Tenmoku Daprès Hamada |
Chaux 1,9 Néphéline syénite 68 Silice 3,4 Kaolin 27 Oxyde de Fer 1 |
Chaux 17 Dolomie 2,5 Néphéline syénite 27,5 Silice 47 Kaolin 5 Oxyde de zinc 1,1 Oxyde de Fer 1 |
Cendres de foyer 9,6 Wollastonite 16,5 Feldspath sodique 26,5 Silice 41 Kaolin 6 Oxyde de fer 15 |
Quelques prix :
Email de grès : De 60 à 80 Frs le Kg |
Feldspath sodique : De 5 à 10 Frs le Kg |
Kaolin de Quessoy Autour de 1 Fr le Kg |
Oxyde de Fer Autour de 30 Frs le Kg |
Oxyde de Cobalt De 400 à 800 Frs le Kg |
Cendres(Chêne, Lavande) Autour de 60 Frs le Kg |
En conclusion, même les prix nous incitent à fabriquer nos glaçures, cependant il faut surtout souligner que cet aspect du travail du potier, en plus de la terre et des cuissons, est un véritable voyage, comme lécrit Greg Daly.
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La présentation de ce dossier pendant cette semaine de Mars 2001 aux participants des différents ateliers dhiver a permis de constater létonnement et lintérêt suscités par ce travail de préparation des glaçures, malgré lutilisation dun vocabulaire spécifique.
Le rappel des fours
Il a tout de suite été évident quil fallait repréciser les modes et les moyens de cuissons : comment obtenir les températures et comment les contrôler: les montres fusibles. Quelles étaient les spécificités de chaque cuisson : four électrique, four à gaz, four à bois?
Le rôle de leau dans lémail
Le tamisage des matières premières et des glaçures à leau est un choix délibéré et avantageux notamment pour capter les poussières, mais aussi pour les utiliser. Le calcul de densité est un bon exercice de règle de 3, facile à appliquer !!!
A chaque étape, un tamisage
Il faut insister sur limportance de ce mélange par tamisage (tamis de 120) et de la nécessité de mise en suspension par le vinaigre. Tous les éléments de la glaçure doivent être présents pour lhomogénéité et la réussite de leffet.
La provenance de nos tamis nous a fait faire un petit tour dEurope : Bath, La Bisbal, Caldas da Rainha.
Le logiciel en service
Le calcul des glaçures par ordinateur nous facilite bien sûr une préparation rapide des essais de recettes, mais aussi une bonne adaptation pour les arrondis de pesée, sans modifier fondamentalement les formules de glaçures.
Les 3 essais de la semaine :
| 4 éléments | Blanc de Kaolin | Kaki |
| Avec les 4
éléments de présentation |
Avec le Kaolin de Quessoy | Daprès la
recette de N Wood « The Chinese Glazes" |
| Terre Ville
Besnard : 10 Cendres Côte Léchet :20 Grès Rose Fréhel : 30 Foiaïte : 40 |
Kaolin
Quessoy : 28 Feldspath Potassique : 14 Talc :18 Carbonate Chaux : 5 Silice : 35 |
Cendres Côte
Léchet 12 Talc : 6 Silice : 40 Néphéline syénite : 17 Kaolin de Quessoy : 25 Oxyde de Fer : 6 |
| Bon en O2, Meilleur
en CO2 Améliorer lattribution |
Sans surprise : satiné à 1300° | Incuit et Brun : revoir la formule |
Une « attribution sélectionnée »
Au-delà de la recherche des éléments originaux pour les recettes de glaçures, il se dégage que le point le plus important est le choix de tel élément pour un aspect de glaçure, un mode de cuisson, un style de création.
Exemples :
- Pour les poteries bleues du four à bois : la terre de la Ville Besnard
- Pour les sculptures de porcelaine : le Blanc Marbre de Lucie Rie
- Pour le jaune Pois Pois : la cendre de lavande
Cette « attribution sélectionnée » déléments à un style permet non seulement de développer une esthétique originale, mais aussi de lui conférer une personnalité propre.